Année : 2025
Exposition : Phakt, centre culturel colombier, Rennes
Dates : 19 septembre – 04 octobre 2025
Partenaires : Phakt, centre culturel colombier, France design week.
Photographies : Heloïse Concé Besançon
Texte de l’exposition, Richard Guilbert.
« Un monde à hauteur d’insecte
Design pour un monde de petites bêtes est le fruit d’une recherche menée par Margot Behr au cours d’une résidence avec des enfants de l’école maternelle Jacques Prévert à Rennes. Cette exposition présente une série d’objets et d’expérimentations qui prennent pour point de départ l’idée d’ouvrir un espace de rencontre sensible avec le vivant. À travers ce projet, l’artiste interroge notre manière de regarder ce qui nous entoure et propose de porter une attention renouvelée à l’infiniment proche : les insectes, cloportes, fourmis et autres habitants minuscules de nos cours et jardins.
Un observatoire poétique et collectif
Au centre de cette démarche se trouve la création d’un observatoire textile pensé comme une micro architecture nomade. Cet objet, conçu pour être utilisé par un groupe d’enfants, offre un abri coloré qui invite à s’allonger, à se rapprocher du sol, à ralentir ses gestes et à déplacer son regard vers un monde que l’on regarde peu. Plus qu’un simple outil pédagogique, cet observatoire se présente comme une invitation à l’émerveillement. Il suggère un changement de posture physique et mentale, où l’observation devient expérience partagée, à la fois intime et collective.
Les formes d’une recherche sensible
Autour de cet objet central, l’exposition réunit différents éléments témoignant du processus de recherche. Des formes cousues explorent la couleur, la matière et la légèreté, en cherchant des formes capables de susciter curiosité et disponibilité. Des gouaches représentant des insectes rendent hommage aux peintures de Maria Sibylla Merian, pionnière de l’illustration naturaliste qui, dès le XVIIe siècle, avait su donner une visibilité artistique et scientifique à ces créatures. Un plan dessiné, à mi-chemin entre document technique et schéma poétique, prolonge cette exploration des usages, en esquissant les multiples manières dont ces objets peuvent être utilisés. Enfin, un nouvel observatoire individuel complètent l’ensemble, transformant l’exposition en une installation immersive qui oscille entre curiosité scientifique et invitation à la rêverie.
Le design comme médiation du vivant
Ce projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place du design dans notre rapport au vivant. Il trouve ses racines dans une proximité que Margot Behr entretient avec les milieux naturalistes et les pratiques de sciences participatives. Si les naturalistes produisent des protocoles rigoureux pour collecter et analyser des données, l’artiste propose, quant à elle, une approche décalée, où l’outil conçu ne vise pas la mesure mais la sensibilité. L’observatoire ne cherche pas à rationaliser l’expérience mais à la rendre perceptible, poétique, et à permettre aux usagers – enfants comme adultes – de se mettre en situation d’écoute et de disponibilité envers ce qui les entoure. Dans cette perspective, Design pour un monde de petites bêtes interroge la manière dont le design d’objet peut ouvrir un espace de médiation et contribuer à inventer des formes de cohabitation plus attentives avec l’ensemble du vivant.
Entre critique et poésie
Ce travail résonne également avec l’histoire du design. Le titre choisi par l’artiste est un clin d’oeil à l’ouvrage de Victor Papanek, Design for the Real World, publié en 1971, qui posait déjà les bases d’une critique des objets polluants et de la société de consommation. Pour beaucoup d’étudiant·es et designer·euses, Papanek est une figure incontournable, l’un des premiers à relier les questions de responsabilité sociale et environnementale à la pratique du design. Mais là où son propos peut aujourd’hui sembler commun, Margot Behr choisit de prolonger ce questionnement en l’ancrant dans une pratique à petite échelle, attentive aux usages et à la fabrication locale. Elle n’imagine pas ses objets pour une production industrielle, mais comme des formes modestes, à la frontière de l’art et du design, qui portent en elles la possibilité de nouvelles histoires et de nouveaux gestes. Ainsi, Design pour un monde de petites bêtes articule deux dimensions apparemment opposées : la légèreté poétique et l’exigence critique, l’imaginaire de l’aventure et la modestie de l’attention au quotidien. »




